Thursday, May 14, 2009

L’IMPACT DE GREVES DANS LE MILIEU HOSPITALIER

Dans l’esprit du père fondateur de la médecine, Testament d’Hippocrate, les personnels soignants doivent jouir d’une bonne vie sociale. Du reste, c’est le droit le plus légitime pour toute personne.

Mais il s’avère dans les pays à ressources limitées qu’on assiste à la clochardisation de toutes les couches de la société, sans épargner les personnels soignants (médecins, infirmiers, paramédicaux), avec dégradation des conditions de travail.

La démocratie faisant la ronde, les mouvements syndicaux prennent corps et tentent de présenter les revendications sociales de ces travailleurs aux gouvernants pour des solutions éventuelles. Cependant, ces derniers, dans la plupart de temps, font la sourde oreille.

Les négociations syndicats – gouvernement échouent ; le gouvernement est opaque aux revendications sociales des travailleurs ; il ne bouge pas et ne propose rien, sinon des promesses des propositions inacceptables.

Devant cette situation, les syndicalistes pensent rendre plus visibles leurs revendications à l’échelle nationale et internationale ; ils proposent, entre autres, aux travailleurs de faire la marche. Face à la répression de la police, la marche échoue ; le gouvernement est imperturbable, la situation sociale des travailleurs est au statu quo.

Les travailleurs décident alors de ne plus travailler, c’est la grève. La grève peut atteindre tous les secteurs, selon les cas, y compris celui de la santé, dans les milieux hospitaliers.

Au premier mot d’ordre de grève, les travailleurs observent un service minimum ; si la situation ne s’améliore toujours pas, ils procèdent à ce qu’ils appellent eux-mêmes « une grève sauvage » i.e. sans service minimum.

Et c’est dans ce cas de figure que nous nous retrouvons.

Quel est l’impact de cette grève dans le milieu hospitalier ?

Selon les périodes, c’est soit les médecins, soit les infirmiers ou les paramédicaux qui vont en grève. Notre préoccupation est de proposer une réflexion sur les victimes de cette grève dite sauvage.

En effet, nous n’y pensons peut-être pas, moins la classe dirigeante. Il y a des vies sacrifiées qui pouvaient être sauvées. Le manque des soins en est la cause. Manque des soins dû à la grève.

Voici deux de cas illustratifs :

Les médecins en grève

…Le mouvement de grève se déclenche, les hôpitaux se vident des soignants, les malades hospitalisés sont libérés. Une mère épuisée, aire affamée, …un enfant enveloppé dans ses bras, vient de descendre d’un taxi en provenance d’un centre hospitalier de la périphérie de Kinshasa déserté à cause de la grève pour un hôpital de référence de Kinshasa…

A l’entrée dudit hôpital, des rameaux de palmier, signe de grève ; elle est accueilli par le gardien. Celui-ci lui dit : « Où allez-vous ? Il y a grève, il y a personne… ». Cette mère reste figer comme s’elle n’étendait pas le garde parlait ; elle lève les yeux vers le ciel et elle redescend pour regarder son bébé. Le bébé soupirait pour rendre l’âme. Elle serra son bébé contre sa poitrine, elle se cria, pleura à flot de larme. Un bébé qui aurait peut-être sillonné des hôpitaux avec sa mère à la recherche des soins ; il mourut sans soins.

Le second cas

Les infirmiers et paramédicaux en grève

Nous sommes dans les soins intensifs d’un hôpital de référence de Kinshasa.
La grève se déclenche, les grévistes arrangent les matériels dans leurs boites et les placent sous clé dans leurs armoires.

Un enfant dyspnéique, faisant probablement une Pneumonie à Pneumocystis jirovici, oxygéno-dépendant, devrait « se débrouiller » pour lutter sans oxygène…il mourut dans un tableau de dyspnée sans assistance.

La question qu’on peut se poser tous : est-ce que le gouvernement congolais et les syndicats disposent des statistiques des décès dus à la grève ?

Quant aux responsabilités des uns et des autres, que dirions-nous ?

- Le gouvernement, premier responsable de l’organisation de la vie en société, devrait garantir à la population - entre autres - un système de santé efficace qui assure de bonnes conditions d’accueil des malades et de travail pour le corps soignant; en plus, assurer à ces derniers une rémunération adéquate et régulière afin de prévenir des mouvements de grève qui paralysent la prise en charge des patients et ainsi, occasionnent des morts « gratuites ».

- Les grévistes (les syndicats), les corps soignants (les médecins) qui, par le serment d’Hippocrate, ont juré d’assurer le bien-être des patients dans la mesure de leurs forces et connaissances, sans citer leurs conditions de vie sociale, devraient réfléchir deux fois s’il faut abandonner les malades pour leurs « ventres ». Car, dans la plupart des cas, la classe dirigeante n’en pâtit pas.

Les infirmiers, collaborateurs directs des médecins, devraient également avoir le même égard envers les patients.

Ces morts doivent nous aider à réfléchir, gouvernant comme syndicats.

Ces morts irrécupérables même après la grève.

L’année dernière, en 2008, les médecins sont allés en grève deux fois (deux mois la première fois et quatre semaines la seconde) pour revendiquer principalement l’amélioration de leurs primes dites primes de risque et la mécanisation des médecins nouvelles unités.

Ils ont repris service après une résolution partielle de leur revendication, les médecins nouvelles unités ont été mécanisés et les primes de risque actualisés au taux du jour (parité francs congolais – dollars américains) sans majoration.

Les infirmiers et paramédicaux partis en grève principalement pour de raison presque similaire, l’amélioration de revenu, reprennent service quatre mois plus tard sans compromis avec le gouvernement mais avec des pistes de solution.

De nouveau au service, satisfaits ou pas de leurs revendications, qui pensent aux morts ? Aux patients délaissés qui ne sont plus ?

Qui posent la question : combien en sont-ils morts ?

Des morts que nous pouvions éviter …
Par Tomi Tshikandu, MD -
Coordonnateur Réflexions sur soins ancillaires (CIBAF, UNC DRC)